Comment la méconnaissance générale du Bitcoin pourrait nous priver d’une évolution technologique et économique ?

Je suis convaincu que le Bitcoin et plus généralement la blockchain (son moteur) pourrait changer le monde, et je vais vous expliquer pourquoi le plus simplement possible. Vous ne connaissez pas Bitcoin ou vous ne comprenez pas cette technologie ? Suivez-moi…

Comprendre le Bitcoin

Le principe

Pour aborder Bitcoin il existe une vidéo claire, concise et pas très longue éditée par la communauté. Je vous épargne les interviews interminables d’experts et autres économistes… Pensez à activer les sous-titres ainsi que la traduction automatique.

Résumons :

  • Bitcoin est une monnaie électronique, donc il n’existe pas de pièces ni de billets physiques.
  • Bitcoin est décentralisé : aucune autorité et aucun gouvernement ne règne sur le Bitcoin, il n’appartient à personne.
  • Bitcoin est échangeable gratuitement sur internet entre deux individus sans passer par une autorité tierce : c’est du peer to peer.
  • Bitcoin n’a aucune limite géographique, aucun plafond ni aucune clause quelle qu’elle soit.
  • Il existe des sites internet pour échanger des Bitcoin contre des monnaies réelles et vice-versa
  • Les Bitcoin sont conservés sur votre ordinateur, votre smartphone ou même votre montre ou votre frigo connecté… Sur tout ce qui peut aller sur internet en 2016 !
  • Il est possible d’envoyer des Bitcoin aussi simplement qu’un mail : il faut simplement connaitre l’adresse Bitcoin du destinataire.
  • On peut faire du commerce avec des Bitcoin si la personne ou le commerçant en face l’utilise également.
  • Le réseau Bitcoin est sécurisé par des mineurs qui vérifient l’ensemble des transactions effectuées sur le réseau.
  • Bitcoin est basé sur des transactions vérifiées et sécurisées : c’est une cryptomonnaie.
  • Toutes les transactions du réseau Bitcoin sont enregistrées et tout le monde peut y accéder à tout moment.
  • Le code source de Bitcoin est ouvert, tout le monde peut le consulter.

Ok c’est plutôt simple, non !?

wallet 128Avoir des Bitcoin

Le portefeuille

Afin de posséder des Bitcoin, vous devez avoir un portefeuille de Bitcoin. A l’instar d’un portefeuille réel, votre portefeuille de Bitcoin contient de l’argent que vous pouvez gagner ou dépenser.

Les portefeuilles Bitcoin sont dématérialisés et s’installent sur votre ordinateur, votre smartphone ou autre… Le code source de Bitcoin (ainsi que son fonctionnement) est libre, il existe donc plusieurs portefeuilles de Bitcoin. Nous pouvons les distinguer en deux catégories :

  • Les portefeuilles synchronisés
  • Les portefeuilles non synchronisés

Synchronisés ? Késako ?

Le réseau Bitcoin est décentralisé. Pour fonctionner efficacement et en temps réel entre tous les utilisateurs, votre portefeuille doit stocker l’ensemble des transactions réalisées depuis la naissance du réseau Bitcoin. Rappelez-vous, toutes les transactions sont publiques, et vous en gardez même une copie dans votre portefeuille !

Mais alors, Bitcoin n’est pas anonyme ?

Bah non, pas vraiment… Il existe même plein de sites sur lesquels vous pouvez explorer et faire des recherches sur l’ensemble de l’historique du réseau Bitcoin. Un exemple : https://blockchain.info/

Le problème, c’est qu’actuellement (mars 2016) nous parlons de plusieurs gigaoctets de données, environ 60Go… Lorsque vous installez pour la première fois votre portefeuille Bitcoin, il est nécessaire de télécharger l’ensemble des données du réseau avant de pouvoir effectuer une transaction. Ensuite le portefeuille se synchronise en temps réel.

Rassurez-vous, les 10 semaines en retard vont se synchroniser en quelques minutes. Par contre, s’il s’agit de votre première installation, comptez une quarantaine d’heures…

Bien entendu, si vous voulez utiliser Bitcoin afin d’envoyer et de recevoir de l’argent, il n’est pas nécessaire de laisser tourner 24h/24 votre portefeuille sur votre ordinateur.

Vous pouvez recevoir des Bitcoin même si votre portefeuille n’est pas allumé, et donc pas synchronisé. Lorsque vous redémarrerez votre portefeuille et qu’il se synchronisera à nouveau, il remarquera qu’une de vos adresses a été destinataire d’une transaction et votre solde sera mis à jour.

Mes adresses Bitcoin ?

Oui, Bitcoin ne vous limite pas en terme de nombre de comptes comme pourrait le faire votre banque… Créer une adresse qui peut recevoir et envoyer des Bitcoin ne vous coûtera qu’un seul clic.

Les adresses Bitcoin ressemblent à ceci : 18QhRh39tmTGmWg9xkSgbUjYnpb37vCxDa

C’est à partir de là que Bitcoin est réputé à tort comme étant anonyme.

Je m’explique : cette adresse que je viens de créer spécialement pour cet article, vous savez qu’elle m’appartient et vous pouvez m’envoyer de l’argent avec (n’hésitez pas surtout), mais vous pouvez aussi consulter l’ensemble des transactions qui la concernent : https://blockchain.info/address/1JGNoF5Q34mhiitmVJYsxtCBHMK4u9qghy.

En revanche, si je ne vous avais jamais dit que cette adresse m’appartient, vous ne le sauriez pas. Afin de me retrouver depuis cette adresse vous seriez alors embarqué dans un jeu de piste en suivant les transactions de cette adresse afin de trouver un indice plus probant. Quelles autres adresses ont effectué des transactions avec la mienne ? A qui appartiennent-elles ?

De ce fait, Bitcoin est anonyme, certes, mais pas trop. Avouez qu’une transaction en cache avec une monnaie réelle au fin fond d’une ruelle sombre en pleine nuit entre deux individus est quand même plus furtive, non !?

Bref, retournons à notre portefeuille maintenant que vous avez compris le fonctionnement d’un portefeuille synchronisé qui stocke l’ensemble des transactions du réseau. La différence d’un portefeuille non synchronisé est qu’il s’appuie sur un service en ligne afin de ne pas stocker cet historique. Ainsi plusieurs portefeuilles se servent d’une base de données mutualisée.

Rassurez-vous, vos adresses sont tout de même stockées en local. Récapitulons :

Personnellement, je préfère l’utilisation d’un portefeuille synchronisé. En hébergeant une copie du réseau Bitcoin sur mon ordinateur, je renforce sa sécurité et je ne m’appuie sur aucun tiers pour gérer mon argent.

Maintenant vous savez tout, vous pouvez choisir votre portefeuille Bitcoin avec ce comparateur, j’utilise personnellement Bitcoin Core : synchronisé, open source et multiplateforme.

Enfin, sachez que comme un portefeuille réel, votre portefeuille Bitcoin peut être volé. Pour ce faire il existe des mécanismes de sécurité très simple à mettre en place :

  • Sécuriser votre portefeuille avec une phrase de cryptage, équivalent à une protection par mot de passe
  • Exporter après chaque transaction votre portefeuille (quelques Ko de données) sur un support de stockage à froid déconnecté du réseau (clef usb, CD…)

Acheter des Bitcoin

Vous possédez votre portefeuille, comprenez son fonctionnement ainsi que celui du réseau Bitcoin. Il faut maintenant vous procurer des Bitcoin. La solution la plus simple et la plus courante est d’utiliser des plateformes d’échanges de monnaies réelles contre des Bitcoin. En voici une liste non exhaustive :

La liste complète régulièrement à jour est disponible par ici.

Mais comment ces sites font de l’argent ? Ne vais-je pas me faire avoir ?

La politique de ces plateformes est transparente : une commission est prise lorsque vous achetez ou vendez des Bitcoin.

Et si je ne veux pas passer par une plateforme tierce ? Avec Bitcoin il est possible de gérer tout seul son portefeuille, non !?

Il existe une autre manière de se procurer des Bitcoin autrement qu’en utilisant ces plateformes : le minage.

bitcoin mining logo

Miner des Bitcoin

Souvenez-vous, je vous ai parlé des mineurs qui sécurisent le réseau Bitcoin en vérifiant les transactions. Tout travail mérite salaire et ces mineurs ne le font pas gratuitement : ils récupèrent au passage une infime quantité de Bitcoin de manière automatique.

Si vous m’envoyez des Bitcoin (sage décision) sachez que des mineurs sur le réseau vont en prélever une infime partie. Mais cela n’est pas un problème, bien au contraire. Le rôle des mineurs est avant tout de valider les transactions plusieurs fois afin de garantir la sécurité du réseau Bitcoin : la non-répudiation des transactions.

Les mineurs de Bitcoin, qui sont-ils ?

Ils peuvent être n’importe qui, il est très facile de miner des Bitcoin et cela pouvait à une époque être rapidement rentable. De nos jours ne comptez pas sur votre ordinateur personnel pour vous rapporter des Bitcoin en devenant mineur… A la limite les serveurs de vos entreprises… Les Bitcoin rapportés sont proportionnels à la puissance de calcul utilisable par votre machine.

Aujourd’hui les mineurs de Bitcoin le sont à un niveau professionnel. Les particuliers peuvent miner du Bitcoin en groupe afin de mutualiser leur puissance de calcul, c’est le minage en pool.

Voici une autre vidéo assez bien réalisée à propos du minage :

Résumons :

  • Les mineurs résolvent des problèmes mathématiques, ils ont besoin de puissance de calcul.
  • Ils sont récompensés en Bitcoin pour leur travail, c’est une source de motivation.
  • Les mineurs sont nécessaires pour approuver les transactions Bitcoin.
  • Plus il y a de mineurs sur le réseau, plus il est sécurisé.
  • La difficulté des problèmes mathématiques à résoudre évolue avec le temps.
  • Les cartes graphiques sont plus adaptées à miner du Bitcoin que les processeurs traditionnels.
  • Les ASIC sont des puces dédiées au minage du Bitcoin : moins énergivores et plus efficaces.
  • Les mineurs minent en groupe pour une plus grande efficacité.

Pour vous donner une idée de l’ampleur du phénomène, regardez ce reportage à propos d’une ferme de minage secrète en Chine (octobre 2014) :

Oui, le minage du Bitcoin a été à une époque extrêmement rentable. Même si ce reportage est affligeant au niveau de la condition humaine, n’oubliez pas que le Bitcoin n’a pas inventé l’esclavage moderne.

Dépenser mes Bitcoin

Mesdames, je ne peux pas commencer ce paragraphe sans vous annoncer que Showroomprive.com accepte les Bitcoin depuis septembre 2014 !

La liste des sites qui accepte les Bitcoin est assez longue et vous êtes déjà peut être client d’un de ces sites. Il y va de la vente en ligne de matériel informatique & high tech, d’imprimantes 3D, de modélisme, de produits alimentaires (même pour nos amis les animaux), de bijoux, de vêtements et chaussures, de jeux vidéos, de cigarettes électroniques, etc.

Bitcoin.fr met à jour cette liste régulièrement : https://bitcoin.fr/depenser-ses-bitcoins/

Un peu d’histoire

Bitcoin est né en 2009 sur le forum P2Pfoundation. Un anonyme utilisant le pseudo Satoshi Nakamoto y publie le livre blanc de Bitcoin. Des rumeurs et spéculations apparaissent rapidement sur son identité et le phénomène prend de l’ampleur. 7 ans plus tard le Bitcoin est connu et répandu. Peu importe qui est ce Satoshi Nakamoto, il a créé quelque chose de bien plus grand que lui. De ce côté j’adhère à l’opinion du Hollandais Volant : suivons les idées, pas les hommes.

Le livre blanc original est disponible ici en anglais. Le blogueur Octo propose une traduction en français du livre blanc. Si vous voulez comprendre en détail le fonctionnement de Bitcoin, n’hésitez pas !

Depuis cette publication le Bitcoin ne cesse de faire parler de lui, le site bitcoin.fr relate les évènements importants du Bitcoin depuis sa création.

Je considère à partir d’ici que vous avez compris ce qu’est le Bitcoin ainsi que ces grands principes, n’hésitez pas à consulter la FAQ de bitcoin.fr.

Pour aller plus loin : la Blockchain

La sécurité, la fiabilité et la non-répudiation, le réel potentiel de la blockchain

Bitcoin n’est en réalité qu’une application financière de la Blockchain. Le minage, la confiance envers le réseau décentralisé, la puissance de calcul nécessaire à la validation des données… Tout cela appartient à la blockchain.

La blockchain (chaine de blocs) est une concaténation infinie de blocs de données empilés les uns sur les autres. Les blocs de données reprennent une somme de contrôle des travaux précédents – des précédents blocs – et y ajoutent les nouvelles transactions.

Somme de contrôle des données des précédents blocs ?

Selon Wikipédia, la somme de contrôle est un nombre qu’on ajoute à un message pour permettre de vérifier que le message reçu est bien celui qui a été envoyé. C’est une opération mathématique effectuée sur le contenu des blocs. Par exemple les deux derniers numéros de votre RIB sont une somme de contrôle.

L’ensemble des mineurs effectuent le calcul d’un nouveau bloc de données en même temps selon les informations qu’ils reçoivent : les transactions en cours. La génération d’un bloc prend un certain temps prédéfini (10 minutes avec le Bitcoin) et lorsqu’un bloc est généré l’ensemble des mineurs l’envoie sur le réseau pour que les autres mineurs le comparent avec leurs propres travaux.

Si vous pensez que le réseau Bitcoin n’est pas assez actif et qu’il ne passe rien en 10 minutes, retournez sur blockchain.info et regardez la rubrique Dernières transactions, vous voyez ici en temps réels les transactions du réseau Bitcoin.

Si une personne malveillante voulait porter atteinte à cette blockchain et y imposer ses propres données, elle devrait posséder au moins 50% de la puissance de calcul de l’ensemble du réseau afin de créer un bloc erroné et le propager avant les autres mineurs. Plutôt difficile à réaliser lorsque tout le monde possède une copie de la blockchain en temps réel au sein de son propre ordinateur ! Voilà ici un argument supplémentaire pour diversifier nos périphériques matériels et logiciels : ne confiez pas l’ensemble de votre vie virtuelle à une seule entreprise et respectez la neutralité du net.

Wikipédia nous l’explique ainsi :

La chaîne de blocs (blockchain) est la mise en œuvre de la solution du problème des généraux byzantins. Ce problème mathématique consiste à s’assurer qu’un ensemble de composants informatiques fonctionnant de concert sache gérer des défaillances ou malveillances. Le système doit être capable de maintenir sa fiabilité dans le cas où une part minoritaire des composants enverrait des informations erronées ou malveillantes pour contourner la vérification de la double dépense.

Pour résoudre cette difficulté, le protocole utilise un système cryptographique fondé sur un système décentralisé de preuves : la résolution de la preuve nécessite une puissance de calcul informatique élevée, fournie par les mineurs. Les mineurs sont des entités dont la fonction est d’alimenter le réseau en puissance de calcul, afin de permettre la mise à jour de la base de données décentralisée. Pour mettre à jour la base de données, les mineurs doivent confirmer les nouveaux blocs en décryptant les données.

Une concurrence existe entre les mineurs pour le décryptage des transactions, permettant à la puissance disponible sur le réseau de croître. N’importe qui peut prêter sa puissance de calcul pour miner, mais plus les mineurs sont nombreux plus la résolution des preuves est difficile à s’attribuer. Ainsi, le protocole peut devenir quasi-inviolable dès lors que la concurrence est forte à chaque nœud du réseau c’est-à-dire qu’aucun groupement de mineurs ne devient majoritaire.

Les applications possibles

Les crypto-monnaies…

La première application de la blockchain c’est bien entendu le Bitcoin, mais sachez qu’il existe d’autres crypto-monnaies basées sur le même principe. Le Litecoin en est une, elle est similaire au Bitcoin mais elle utilise un autre algorithme de minage. Cette dernière a d’ailleurs été dérivée avec le Dogecoin, à l’effigie du même internet Doge.

D’autres crypto-monnaies sont plus spécifiques, comme le namecoin qui agit comme un DNS décentralisé en opposition au système DNS traditionnel ou encore le dash (darkcoin) qui est anonyme.

La liste complète est sur Wikipédia.

… mais encore ?

Réfléchissez… La blockchain est un registre public inaltérable qui ne craint pas la censure. De nos jours alors que la manipulation et le contrôle des données par des gouvernements ou des entreprises fait régulièrement la une, je suis convaincu que la blockchain et son fonctionnement décentralisé aura un rôle à jouer dans les prochaines années.

Imaginez toutes les applications possibles avec ce système : le vote, l’hébergement web, les registres publics sécurisés, les transactions, la messagerie décentralisée, etc..

Géo Trouvetou, inventeur convaincu de la puissance de la blockchain décentralisée
Géo Trouvetou, inventeur convaincu de la puissance de la blockchain

Bitcoin et le grand public

Les faits divers

Avant 2013 le prix d’un Bitcoin était toujours en dessous de 10$. C’est à partir d’avril 2013 que le cours du Bitcoin arrive à 230$ avant de s’effondrer soudainement. En fin d’année le cours s’envolera à nouveau jusqu’à 978$.

Il y a eu plusieurs causes à ces fluctuations soudaines et la Banque de France a réalisé un graphique à ce sujet dans un article impartial et objectif intitulé  »Les dangers liés au développement des monnaies virtuelles : l’exemple du bitcoin »… Le graphique brut provient de bitcoincharts.com, plateforme ouverte au public vous permettant de consulter toutes sortes de statistiques liées au Bitcoin.

graph 2013 banquedefrance

Trois phénomènes sont à retenir :

  • Le peuple chypriote utilisant le Bitcoin alors en pleine crise financière,
  • L’attaque du site Mt.Gox par déni de service,
  • La fermeture du site Silk Road par le FBI.

Oui, le Bitcoin est aussi utilisé comme monnaie d’échange sur les réseaux du darknet, ces places de marchés de ventes d’armes et de drogues. C’est bien connu, le Bitcoin est à l’origine de tous ces vices, c’est lui qu’il faut blâmer !

Cette montée en flèche du cours de Bitcoin aura eu à l’époque de nombreuses conséquences. Les earlys-adopters du Bitcoin qui en avaient achetés lorsqu’ils ne valaient rien se sont précipités pour les vendre avec un gigantesque bénéfice.

Un certain James Howells avait fait le buzz à l’époque en jetant à la poubelle son disque dur contenant 7500 Bitcoin avant de se rendre compte qu’ils étaient plus tard valorisés à 7,5 millions de dollars. Trois ans après, il en parle encore sur sa page Twitter.

A partir de cette médiatisation qui commençait à prendre de l’ampleur, les premiers contacts entre Bitcoin et le grand public ont été compliqués : le scandale MtGox et son dirigeant Mark KAPELÈS.

Mark KAPELES - Mt.Gox

Début 2014, la plateforme d’échange japonaise mtgox.com qui permettait d’échanger des Bitcoin contre de l’argent réel stoppa soudainement son service pendant quelques jours prétextant une attaque informatique de grande ampleur. Cela semblait crédible les premiers jours puisque le site avait déjà été attaqué par le passé.

Très rapidement l’affaire prit de l’ampleur et les clients se rendirent compte que leurs Bitcoin n’étaient plus sur le site. Les portefeuilles en ligne étaient vides (encore une raison supplémentaire de conserver ses Bitcoin sur sa propre machine). La perte fut estimée à 850 000 bitcoin soit 350 millions d’euros.

Il sera découvert plus tard que le patron français du site, Mark KAPELÈS fut à l’origine de cette crise financière 2.0 : il aurait détourné ces Bitcoin vers son compte personnel. Il sera arrêté en août 2015 par la police japonaise.

L’affaire est encore en cours et les témoignages des employés commencent à apparaitre sur Reddit.

Peur et méconnaissance du Bitcoin

Ces éléments ont créé la mauvaise réputation du Bitcoin, la presse n’en parle que pour des histoires de financement d’activités illégales ou de détournement de fonds.

Les évènements tragiques que la France a connu en janvier et en novembre 2015 ont posé la question légitime du financement du terrorisme par le Bitcoin. Cette monnaie virtuelle décentralisée libérée de tout contrôle ne participerait-elle pas au financement des organisations terroristes ?

Je pense que non, et Europol – l’office de police criminelle européen – conclut dans un rapport public de janvier 2016 que le Bitcoin ne finance pas le terrorisme.

Voici le paragraphe 2.3 de ce rapport qui traite du financement des opérations terroristes :

europol18. The financing of terrorist operations has not undergone any marked changes in the recent past. The sources of funding of the operatives in the EU are largely unknown. It is obvious that the costs of travel, the renting of cars and safe houses and the acquisition of means of communication and of weapons and explosives may involve considerable sums of money. There is no evidence however of IS-financing networks in existence. Despite third party reporting suggesting the use of anonymous currencies like Bitcoin by terrorists to finance their activities, this has not been confirmed by law enforcement.
19. The travel of foreign fighters to the conflict zones is likely to be funded by the travellers themselves with both legal means and criminal activities, such as frauds. This also has not changed recently.

Il y est expliqué que :

  • Le financement des opérations terroristes n’a pas subi de changement récemment,
  • Le Bitcoin n’a jamais été mis en cause dans les enquêtes relatives au terrorisme,
  • Le voyage des terroristes étrangers aux zones de conflit est financé par les voyageurs eux-mêmes légalement ou par la fraude.

De plus Bitcoin.fr nous rappelle aussi à cette occasion que la blockchain est publique et que de réelles investigations en ce sens permettraient facilement de remonter la piste d’une transaction. Mais ça vous le savez déjà, non !?

Et si le pouvoir de la blockchain était réellement exploité ?

Le Bitcoin est méconnu et assez mal vu, c’est bien dommage. Rappelez-vous ce que maitre Yoda disait à Anakin Skywalker dans Star Wars : épisode I — La menace fantôme :

La peur est le chemin vers le côté obscur : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… mène à la souffrance.

Anakin Skywalker a peur du Bitcoin
Anakin Skywalker a peur du Bitcoin

Trêve de plaisanteries, nous pouvons comparer la blockchain avec le peer-to-peer. Les utilisateurs du P2P se connectent libres et égaux au sein du réseau, il en va de même pour les utilisateurs de la blockchain.

Le suffrage

Comment ne pas faire l’analogie avec la démocratie lorsque l’on comprend le fonctionnement de la blockchain ? Afin de replacer le contexte je vous propose de visionner cet épisode de l’excellente websérie Datagueule à propos de la démocratie (5 minutes) :

Nous comprenons ici que dans un système de démocratie représentative, les citoyens élus peinent à représenter équitablement l’ensemble de la population pour plusieurs raisons :

  • Les tranches d’âges et la répartition des sexes sont mal représentées,
  • Le choix des élus est influencé par le découpage géographique,
  • Le cumul des mandats limite la représentativité de la population.

D’autres outils existent pour rendre la démocratie plus directe mais ils sont aussi soumis à certaines limites.

Et si la solution était de donner la parole à l’ensemble des citoyens pour chacune des décisions publiques ? Cela n’est pas envisageable actuellement : nous n’allons pas nous déplacer tous les dimanches pour donner notre avis sur chaque projet de loi, imaginez les moyens techniques, financiers et humains nécessaires… Surtout avec des bulletins de vote papier, pauvre planète.

Et si la blockchain était la solution ? Chaque citoyen pourrait exprimer son avis sur tel ou tel projet public en quelques clics en alimentant la blockchain. Pas d’autorité centrale, pas de censure ni de contrôle, l’ensemble des bulletins seraient publics….

Des bulletins publics ? Que fait-on du suffrage secret ?

Oui c’est bien connu, lors des diverses élections les partis politiques ne sont pas au courant des résultats avant l’annonce officielle. Il n’y a jamais de fuites… Dans une société connectée comme la notre il va devenir de plus en plus difficile de respecter ce principe qui ne l’est déjà plus.

Je vous invite à lire cet article sur blochainfrance.net dans lequel François Dorléans, cofondateur de Stratumn, explique comment la blockchain pourrait être utile au vote en ligne.

Les diplômes

Toujours selon blockchainfrance.net, l’école supérieure d’ingénieurs Léonard-de-Vinci (ESILV) à Paris travaille avec Paymium pour mémoriser les diplômes de ses élèves dans une blockchain privée.

Les diplômes édités en papier pour des raisons légales sont numérisés et stockés dans la blockchain via leur empreinte SHA-256. Les étudiants récupèrent cette clé ainsi que la preuve d’enregistrement au sein de la blockchain. Ces informations pourront être communiquées aux employeurs potentiels qui n’auront qu’à vérifier la véracité du diplôme auprès du site diploma.report.

Cette école ne s’arrête pas là, des cours sur le Bitcoin sont aussi au programme depuis septembre 2015 et blockchain fait l’objet de nombreuses conférences. Espérons que le mouvement gagne de l’ampleur dans l’enseignement supérieur.

Le registre du cadastre

Le gouvernement du Honduras, face à la fraude des titres fonciers et afin de minimiser les coûts, a choisi de stocker le registre du cadastre dans une blockchain privée. Le projet en partenariat avec l’entreprise américaine spécialisée Factom permettra selon son PDG une gestion plus sûre des prêts hypothécaires, des contrats et des droits miniers.

L’hébergement web décentralisé

Zeronet.io est un projet d’hébergement web qui croit en un « réseau ouvert, gratuit et non censuré ». C’est naturellement avec la blockchain que ce système fonctionne.

Les sites web sont publiés dans une blockchain et chaque utilisateur en héberge une copie en local dès la première consultation. De cette manière, les temps de réponses sont instantanés et les sites concernés sont consultables hors ligne une fois synchronisés.

Le système fonctionne tout de même avec un tracker BitTorrent central qui fait office d’annuaire des peers sur le réseau mais l’ensemble est compatible avec l’anonymiseur Tor. La blockchain ne contient que le contenu brut des sites hébergés.

Le problème des sites web dynamiques semble traité puisqu’une base de données SQL est embarquée au projet, elle est synchronisée en temps réel entre les peers.

Un projet encore jeune, mais prometteur.

zeronet

Plus d’informations techniques par ici.

Le stockage de données

Storj.io propose une solution cloud de stockage de fichiers décentralisé basée sur la blockchain. Vos fichiers sont cryptés, éclatés et diffusés sur le réseau et vous hébergez vous-même des données d’autres utilisateurs. Le projet se défini lui-même comme étant « potentiellement le cloud le plus grand, le plus sûr et le moins cher de tous les cloud », ce qui est vrai sur le papier.

Cela présente plusieurs avantages : la vitesse de synchronisation n’est pas limitée par un seul hôte distant, vos fichiers sont redondés et aucune autorité centrale ne veille dessus.

Vous pouvez même être payé pour partager votre espace de stockage.

 

Pour conclure

Nous sommes au XXIème siècle et le futur est à la décentralisation. La prochaine révolution industrielle dont l’histoire se souviendra sera celle du Bitcoin, des crypto-monnaies et de la Blockchain.

Des grands établissements financiers ont compris ces enjeux et commencent à courir après la blockchain.

Non, ce n’est pas qu’un mouvement de geeks qui s’échangent de la drogue sur internet, non cela ne finance pas le terrorisme, non il ne faut pas en avoir peur !

Depuis quelques semaines les limites propres à la conception du Bitcoin semblent être atteintes. Cette médiatisation va peut être permettre de distinguer la blockchain du bitcoin.

Si le Bitcoin n’est pas l’avenir, la blockchain l’est !

Sources

2 pensées sur “Comment la méconnaissance générale du Bitcoin pourrait nous priver d’une évolution technologique et économique ?

  • 14 mars 2016 à 10:19
    Permalink

    Bonjour,

    je suis d’accord avec votre démarche. Il est vrai que meconnaitre le bitcoin peut nous faire passer à coté de cette évolution technologique qu’est la blockchain en générale, et le bitcoin en particulier.

    Je connais le bitcoin et son principe depuis 6 mois. Je me suis auto-formé au moyen du web. Au fur et à mesure de la navigation au travers des liens, j’ai eu l’impression d’être face à un vide sidéral, puis à une mosaïque de concepts étranges dont il est difficile de voir l’ensemble dans sa globalité.

    Finalement j’ai assez vite compris le principe. Et je me suis rendu compte que de nombreux sites abordent le sujet de façon totalement hermétique, abstraite, confuse ou embrouillée. Bref, de quoi décourager les nouveaux venus.

    J’ai fait quelques achats et transactions en BTC, et j’en parle à mon entourage. Mes proches intéressés me demandent comment cela fonctionne, et j’ai tendance à leur dire « Allez donc voir sur le web », sachant qu’après quelques minutes de recherches il y a de quoi passer son chemin.

    Désormais je m’intéresse aux pages web censées donner les explications claires concernant le bitcoin, et je viens évidemment de trouver la votre. Je me mets de nouveau à la place du novice, et là, désolé de vous le dire, mais un néophyte va zapper au milieu du paragraphe « 1.2.1 Le portefeuille ».

    Il aurait fallu dès l’introduction signaler à qui s’adresse la matière de votre page web. Probablement à un geek, mais surement pas à un novice qui penserait tout comprendre. Permettez moi de revenir sur le 1er paragraphe.

    Dans le cas ou un débutant viendrait à lire cette page web, voici les termes à banir dans cette introduction « la blockchain (son moteur) », « peer to peer », « l’adresse Bitcoin du destinataire », « mineurs », « code source », « portefeuilles synchronisés »

    « Les Bitcoin sont conservés sur votre ordinateur, votre smartphone », c’est faux et ça rajoute de la confusion.

    Et le fin du fin, là où j’ai craqué et où j’ai décidé de vous faire part de mes commentaires : « …votre portefeuille doit stocker l’ensemble des transactions réalisées depuis la naissance du réseau Bitcoin », suivi du fait qu’il faut télécharger les 60 Go de la blockchain ! Là le moindre nerd volontaire pour s’investir dans le BTC va tourner les talons et passer à autre chose. C’est ce que j’aurais fais….

    J’arrête là mes commentaires critiques, il y a d’autres points qui me parraissent incongrus, vu d’un oeil inexpérimenté. Même le site « https://bitcoin.org/fr/choisir-votre-porte-monnaie » dont vous donnez l’URL est critiquable. Malgré une belle présentation, j’aurais du mal à choisir un porte-monnaie avec les explications fournies par le site.

    Vous savez, il est assez difficile d’expliquer aux débutants pourquoi le bitcoin est différent des monnaies traditionnelles, et pourquoi la blockchain n’a rien à voir avec des comptes bancaires. Même Andreas Antonopoulos dans son ouvrage « Mastering Bitcoin », destiné aux programmeurs, s’est rendu compte de la difficulté de vulgariser un sujet complexe : « Je suis resté longtemps bloqué et découragé quand j’essayais de transformer un sujet techniquement très dense en une histoire facile à comprendre. J’ai finalement décidé de raconter l’histoire du bitcoin en me servant de scénarios de personnes utilisant le bitcoin et le livre a tout d’un coup été beaucoup plus simple à écrire. »

    J’ai bien compris que le but de votre page web n’est pas d’expliquer comment utiliser bitcoin, mais plutot de montrer à travers l’usage du bitcoin ce que la blockchain peut révolutionner. A mon avis il faut insister sur le fait qu’utiliser le bitcoin est simple, et le démontrer, sans dire aux newbies qu’il faut télécharger 60 Go ! D’autant plus que cette opération n’est pas indispensable. En extrapolant, j’imagine mal un utilisateur lambda qui télécharge des blockchains de diplomes, de cadastres, d’hébergement ou de fichiers qui ne lui appartiennent pas et dont il n’a aucune utilité…. À moins de miner pour gagner de quoi payer sa facture EDF… !

    Néammoins je tiens à vous complimenter en ce qui concerne la fin de votre article, à partir de « Pour aller plus loin : la Blockchain » qui contient des faits et des perspectives intéressants. Et là je crois comme vous à l’intérêt de ces technologies. Mais j’ai l’impression que nous sommes encore à l’avant-garde de ce tournant technologique qui va être long pour sa mise en oeuvre. Je vous encourage à continuer d’en parler dans ce sens. De mon coté j’essaye de convaincre mon entourage que l’usage du BTC est simple, même si c’est relativement compliqué à expliquer ses mécanismes.

    Cordialement,
    Didier Celse

    Répondre
  • 28 avril 2016 à 21:46
    Permalink

    Super article, très pédagogique et très bien documenté, bravo pour votre travail.

    Répondre

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